Édith Piaf

CRI DU COEUR


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C'est pas seul'ment ma voix qui chante,
C'est d'autres voix, une foule de voix,
Voix d'aujourd'hui ou d'autrefois,
Des voix marrantes, ensoleillées,
Désespérées, émerveillées,
Voix déchirantes et brisées
Voix souriantes et affolées,
Foll's de douleur et de gaieté
C'est la voix d'un chagrin tout neuf,
La voix de l'amour mort ou vif,
La voix d'un pauvre fugitif,
La voix d'un noyé qui fait plouf.
C'est la voix d'une enfant qu'on gifl',
C'est la voix d'un oiseau craintif,
C'est la voix d'un moineau mort de froid
Sur le pavé d'la rue d'la Joie.

Et toujours, toujours quand je chante,
Cet oiseau-là chante avec moi ;
Toujours, Toujours encore vivante,
Sa pauvre voix tremble pour moi.
Si je disais tout ce qu'il chante,
Tout c' que j'ai vu et tout c' que j'sais,
J'en dirai trop et pas assez
Et tout ça je veux l'oublier.
D'autres voix chantent un vieux refrain
C'est leur souv'nir, c'est plus le mien.
Je n'ai plus qu'un seul cri du coeur :
J'aim' pas l'malheur,
J'aim'pas l'malheur
Et le malheur me le rend bien.
Mais j' le connais,
Il m'fait plus peur.
Il dit qu'on est mariés ensemble :
Mêm' si c'est vrai, je n'en crois rien.

Sans pitié j'écrase mes larm's,
Je leur fait pas d'publicité ;
Si on tirait l'signal d'alarme
Pour des chagrins particulier,
Jamais les trains n'pourraient rouler.
Et je regarde le paysage ;
Si par hasard il est trop laid.
J'attends qu'il se r'fasse une beauté.
Et les douaniers du désespoir
Peuv'nt bien éventrer mes bagages,
Me palper et me questionner,
J'ai jamais rien à déclarer.
L'amour comm' moi part en voyage,
Un jour je le rencontrerai ;
A pein' j'aurai vu son visage
Tout d'suite je le reconnaîtrai.


Autor(es): Jacques PREVERT, HENRI CROLLA