Véronique Pestel

Les hommes qui

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Les hommes qui m'attirent ont ceci de commun
Qu'ils ne sont pas des hommes
Mais des êtres distraits qui crachent dans leurs mains
Et s'en vont faire un somme
Ils dorment tout le jour et défoncent, la nuit,
Des portes grandes ouvertes
Ils disent qu'ils sont fous pour s'excuser de tout
Ce qu'ils n'ont pas su faire

Les hommes qui m'attirent n'ont pas de pesanteur
Ils ne tiennent à la vie que pendus par les lèvres
Aux goulots amnésiques de leurs alcools menteurs
Et croient refaire le monde quand ils ne font qu'un rêve

Avec des chrysanthèmes en bulbes autour des yeux
Ils regardent la mort et la draguent de haut
C'est pour elle qu'ils dansent au bal des demi-dieux
Jouant à faire semblant de la suivre bientôt
Ils la suivront, bien sûr, mes géants de théâtres
Trop tôt, déjà si vieux d'avoir voulu porter
Sur leurs nuques étroites la voûte des cieux

Ils sont mes frères de lait, mes jumeaux invertis
Mes contraires de fait, mes doubles consentis
Ils sont tout ce que j'aime et tout ce que je fuis
Par amour de moi-même et de la vie

Les hommes qui m'attirent ont ceci de commun
Qu'ils ne sont que des hommes
Que j'aime contempler mais qu'ils n'en sachent rien
Je ne serais pas bonne
À partager leurs vies, leurs verres et leurs copains
La nuit au fond des caves
Je ne vais qu'aux beautés solaires du matin
Je n' suis que de passage
Mais je me dis parfois que je les aime autant
Qu'on peut aimer de loin, qu'on peut aimer de loin
Quand on n'a pas le temps

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