Silencieux
comme la pierre sous-marine.
La conscience soumise au fer.
La mort tresse ses couteaux.
Il sentit qu’on lui arrachait
son sang, ses cheveux et ses ongles,
ses yeux et sa peau comme s’ils étaient
de violents bagages, son unique bagage.
Ou un auvent, un voile, un rideau tenace
qui arrêta le regard des bourreaux
de Bautista van Schouwen, compañeros.
Absolument muet!
Couronnant sa vie de silence.
Rappelant la decence aux hommes.
Rassemblant sur son corps lumineux
les coups distribués au peuple,
les épines et les chaînes.
Il a grandi Bautista van Schouwen pour toujours.
Promu graine-fruit.
Dès lors il nous montre la dignité
et la rend quotidienne pour qu’elle soit transmise
a toutes les prisons du monde.
Desséchant sa mémoire,
clôturant ses lèvres,
il ne dit ni un mot
ni une date, ni un nom,
ni un pays, ni une rivière,
ni une fleur, ni une forêt,
ni une abeille qui puissent servir
de guide aux bourreaux de son peuple.
Voilà.
C’est tout simple, compañeros.
Dans ces durs moments,
il est tranchant comme l’eau de la cascade,
il déclare invincible son silence,
se fait docteur de métal en furie,
reçoit le diplôme de forêt indéchiffrable.
II se revêt d’efficacité,
se cuirasse de conscience.
Il a humilié les griffes
qui labouraient sa peau,
c’est ainsi que son supplice
creuse le sillon
dont il est la semence plantée
à grands coups par les bourreaux.
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