Le jour où ça craquera
je veux être dans tes bras.
Quand, à force de n'y pas croire,
notre monde explosera,
quand se fera la nuit noire,
je veux être dans tes bras.
Au diable ces lois trop grandes
qui de nous disposeront.
Moi, simplement je demande
que ça ne soit pas trop long.
Comme ça n'est pas mon affaire
d'mourir en sachant pourquoi,
j'oublierai bientôt, j'espère,
tout ce qui n' sera pas toi.
Moi, pourvu que je te tienne,
avec toi les yeux fermés,
toi et moi, quoi qu'il advienne,
que nous partions les premiers.
Qu'il n'y ait pas d'inventaire,
qu'on ne puisse regretter
ce qu'il nous restait à faire,
à faire et puis à aimer.
Qu'on ne pense pas aux branches,
qu'on ne pense pas au vent,
que ça ne soit pas dimanche
ou qu'on nous achève avant.
Qu'on ne fasse pas la somme
des bonheurs que nous perdrons.
Qu'on ne sache jamais comme
vieillir nous eût été bon.
Pense à toutes ces années,
pense à ces printemps perdus,
et la Méditerranée,
faut-il qu'elle ne soit plus?
Pense aux moissons dans les granges,
pense aux raisins de chez nous.
Je sais bien que je mélange:
quand on aime, on aime tout.
Pense aux plongeons dans l'eau verte,
aux réveils de chaque jour,
quotidienne découverte
des yeux neufs de notre amour.
Alors plus jamais la neige
et plus jamais le soleil.
Oh! comment supporterai-je
qu'on fasse un gâchis pareil?
Non, puisqu'on sera ensemble,
tu me tiendras fort fort
et juste avant que ça tremble,
juste avant nous serons morts.
Aujourd'hui, tu dois me croire,
c'est pour toi que je vivais.
En attendant la nuit noire,
ne me quitte plus jamais.
Je ne veux plus penser même
qu'il y avait un ciel bleu.
Je souhaite à tous ceux qui s'aiment
de mourir comme nous deux.
(1965)
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